Du hanbok de Joseon aux routines virales, le musée Guimet retrace 300 ans de beauté coréenne. Une exposition à voir jusqu’au 6 juillet 2026.

La K-beauty s’expose à Paris
Jusqu’au 6 juillet 2026, le musée Guimet propose une exposition ambitieuse qui replace la K-beauty dans une perspective historique et culturelle de près de trois siècles.
On aurait pu craindre l’exercice de style superficiel, la vitrine muséale calquée sur l’engouement global pour tout ce qui vient de Corée du Sud, il n’en est rien. Dès les premières salles, l’exposition K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène, affiche une tout autre ambition : démontrer que derrière les routines en dix étapes et les flacons aux formes poétiques se cache une esthétique enracinée dans plusieurs siècles de culture coréenne.
En France, la fièvre K-beauty est bien réelle. Le marché des cosmétiques coréens y a connu une croissance à deux chiffres ces dernières années, porté par une génération de consommatrices et consommateurs convertis aux actifs fermentés, aux essences hydratantes et aux soins solaires nouvelle génération.
Paris compte désormais plusieurs dizaines de boutiques spécialisées, des Galeries Lafayette au Marais, tandis que les hashtags #Kbeauty et #Koreanskincare cumulent des centaines de millions de vues sur les réseaux sociaux français.
Le musée Guimet, qui célèbre cette année les 140 ans du traité d’amitié franco-coréen, choisit précisément ce moment pour expliquer d’où vient ce phénomène.

Joseon, matrice de la beauté coréenne
Le parcours commence à la fin de l’ère Joseon (fin 18e – début 20e siècle), période fondatrice que la K-beauty contemporaine ne cesse de convoquer. C’est là que se forge une représentation singulière de la femme coréenne, notamment à travers le genre pictural des Miindo, ces « portraits de beautés » qui font leur apparition au 18e siècle.
Le peintre Shin Yun-bok (1758-après 1813) en est la figure centrale : là où la peinture morale dominante effaçait les femmes, il les représente comme des sujets désirables et individualisés, souvent à travers le prisme de la courtisane (gisaeng), figure transgressive et élégante. Son héritage visuel irrigue encore aujourd’hui la mode, le cinéma, et jusqu’aux webtoons.
Face aux toiles anciennes, les hanbok redessinés par Lee Young-hee (1936-2018), dont le musée Guimet conserve une donation exceptionnelle, incarnent ce dialogue continu entre patrimoine et création contemporaine. La beauté de Joseon est un langage vivant.
Cosmétique, philosophie et pharmacopée
L’exposition aborde aussi la dimension plus intime des rituels de soin. Influencée par un néoconfucianisme strict, la beauté coréenne pré-moderne était indissociable d’une éthique du corps : teint clair, cheveux soignés, ablutions quotidiennes.
Le Donguibogam, grand traité médical compilé en 1613, illustre ce lien profond entre santé, hygiène et cosmétique, un héritage que les marques coréennes contemporaines comme Sulwhasoo ou Amorepacific n’ont pas manqué de réactiver dans leur discours.
Les objets funéraires découverts dans la tombe de la princesse Hwahyeop (1733-1752), présentés ici pour la première fois en Europe, apportent quant à eux un témoignage archéologique précieux sur les pratiques de cour.

Attribué à Kim Hongdo, Femme se coiffant, couleur sur papier, 24,7 × 26,0 cm, yuk2190-1, Musée de l’Université nationale de Séoul.
Le 20e siècle, laboratoire esthétique
La troisième partie de l’exposition est peut-être la plus complexe et la plus stimulante. Elle reconstitue le siècle des fractures : colonisation japonaise, influence américaine post-guerre de Corée, émergence d’une industrie cinématographique nationale.
Beauté traditionnelle et canons occidentaux se télescopent dans les peintures de Kim Eun-ho ou Kim In-soong, dans les photographies de Han Youngsoo, dans les publicités cosmétiques des années 1950.
La beauté devient un lieu de négociation identitaire, une arène où s’affrontent racines culturelles et influences extérieures.

Yuni Kim Lang, Woven Identity I ©Courtesy of the artist
K-beauty, soft power et questions critiques
La dernière section aborde enfin la K-beauty telle qu’on la connaît : portée par la Hallyu, la K-pop et les K-dramas, devenue culture visuelle planétaire. Depuis les années 2000, ce soft power coréen a conquis le monde à une vitesse vertigineuse : BTS, Blackpink, Parasite ou plus récemment le prix Nobel de littérature décerné à Han Kang en 2024 en sont les symboles les plus visibles. La K-beauty en est le versant quotidien, celui qui s’invite dans les salles de bains du monde entier.
Derrière les flacons et les rituels, l’exposition ose aussi regarder l’ombre. Chirurgie esthétique banalisée, injonction à la peau parfaite : la pression des canons coréens est convoquée sans détour, et mise en regard d’œuvres qui résistent, comme Woven Identity I de Yuni Kim Lang, sculpture chevelue et troublante sur la mémoire et l’identité féminine.
Avec près de 300 ans d’histoire traversés en un parcours cohérent et richement documenté, K-Beauty est sans conteste l’une des expositions à ne pas manquer cette saison à Paris.
Pour aller plus loin, le musée Guimet propose tout au long de l’exposition conférences, projections et rencontres avec les commissaires.

Idoles virtuelles du groupe PLAVE , crées en 2022 par Vlast, société de production de contenu de propriété intellectuelle (PI).
Informations pratiques
K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène
Musée Guimet – 6 place d’Iéna 75016
Ouvert tous les jours sauf le mardi.
Billetterie et plus d’informations surguimet.fr

