Jean-Michel Basquiat : De la rue aux musées

Jean-Michel Basquiat est une icône emblématique de l’art urbain des années 80. Admiré par les connaisseurs, son parcours et ses oeuvres avant-gardistes ont inspiré de nombreux talents incontournables de la scène culturelle de Andy Warhol à Jay Z.

 

Une histoire qui commence dans la rue 

Basquiat s’est d’abord illustré de manière anonyme. Armé de marqueurs et de bombes de peintures, il n’a que 15 ans lorsqu’il arpente les rues de SoHo, un quartier de Manhattan dont les anciens bâtiments industriels transformés en lofts sont prisés des artistes.

Le graffiti est alors très populaire mais le jeune Basquiat sait déjà comment se démarquer. Il matérialise ses pensées profondes et ses messages sociaux et politiques en écrivant des phrases parfois très longues sur les murs et termine en signant sous le pseudonyme SAMO apposé du “C” de copyright.

Ce surnom, signifiant SAMe Old shit, vient d’un personnage imaginé pour ses cours de théâtre – c’est un homme qui gagne sa vie en prêchant une fausse religion.

En quelques années les oeuvres de SAMO© l’avaient rendu très célèbre. Mais l’identité de ce poète énigmatique dont la plume provocatrice suscite la réflexion des passants aux alentours des galeries de SoHo restera anonyme jusqu’au jour de son apparition dans l’émission phénomène “Canal Zone” en Avril 1979.

Se dévoile alors au public un personnage totalement atypique. Ce jeune homme aux vêtements trop grands et à la coupe de cheveux déconcertante sera pourtant présenté comme étant le graffeur le plus littéraire de New-York.

 

“Sais-tu combien de célébrités ont quitté leur maison à 15 ans ?” 

Son identité révélée, de nouvelles opportunités s’ouvrent maintenant à lui. Celle qui changera radicalement sa vie se nomme “Downtown 81”, un long métrage sur l’émergence d’une nouvelle culture où Basquiat obtient un rôle majeur.

Les équipes de tournage le suivent dans les rues de SoHo et bientôt la rumeur qu’un film lui est dédié suffira à augmenter considérablement sa célébrité alors que le projet sera avorté faute de moyens financiers.

Jean-Michel Basquiat est alors âgé de 21 ans et il profite du tournage pour dormir dans les studios de production, cela fait déjà 6 ans qu’il a quitté le foyer familial. Les équipes lui offrent des toiles vierges et du matériel de peintures pour les besoins film, un geste qui va s’avérer être inestimable.

Enthousiasmé par ce cadeau il vend très vite sa première peinture pour la somme de 200$ alors que quelques mois plus tôt il cédait des cartes artisanales pour seulement 2$, loin de se douter qu’elle en vaudraient plus de 10 000$ aujourd’hui.

 

Une gloire retentissante 

Une ascension fulgurante l’attend après le tournage du film. Aidé par l’explosion de Wall Street, ses tableaux deviennent des pièces incontournables dans les appartements luxueux des nouveaux riches.

En l’espace de seulement trois années il est passé du graffeur anonyme SAMO© au peintre reconnu Jean-Michel Basquiat, dont les oeuvres se négocient entre 10 000$ et 25 000$, du sans-abris dormant chez ses amis ou dans la rue au propriétaire d’un loft de 200m² en plein coeur de SoHo.

 

 

Cette nouvelle situation l’amènera à côtoyer beaucoup de personnalités de l’époque tel que Andy Warhol, véritable emblème du pop art avec qui il se liera d’une grande amitié. On peut aussi citer une jeune chanteuse alors inconnue du grand public qui deviendra plus tard la grande Madonna et avec qui il eut une relation.

 

Un artiste prolifique 

Si une chose est sûre, c’est que Basquiat vivait sa passion intensément. Il a désormais son propre studio et produit des tableaux à une vitesse déconcertante.

Nous sommes en 1981 et l’artiste peint sans arrêt, il travaille constamment sur 10 à 20 oeuvres simultanément ! Son univers est très complexe.

Telle une source d’énergie débordante où plane toujours l’ombre de la mort, ses mouvements frénétiques entrainés par la musique le portent d’une toile à une autre quand soudainement il peint un crâne dont l’idée lui a été délicatement soufflée par l’un de ses manuels d’anatomie, toujours présents, scrutant ses moindres déplacements.

La mort fut présente dès ses premières peintures, comme un reflet de sa propre expérience car il eut l’occasion de l’observer de très prêt alors qu’il n’avait que 7 ans.

Malgré cette vitesse d’exécution, le jeune prodige n’arrive pas à produire assez de tableaux pour satisfaire toutes les demandes. Car en plus des acheteurs, toutes les galeries d’arts veulent désormais exposer le grand Jean-Michel Basquiat, y compris le célèbre MOMA de New-York qui lui avait pourtant refusé cet honneur auparavant.

Ainsi en 1986 par exemple, Basquiat a réalisé 9 expositions personnelles auxquelles s’ajoutent 3 expositions en collaboration avec Andy Warhol, et  presque vingt exhibitions collectives à l’international.

 

 

Un engouement universel qui explique le nombre impressionnant de ses oeuvres, estimé à 1 000 peintures et 1 500 dessins.

L’évènement le plus éloquent est sans équivoque sa dernière exposition solo pour laquelle il produisit la totalité des oeuvres en seulement 3 jours et 3 nuits, signant au passage l’un de ses tableaux les plus reconnus : “Riding With The Death” – Un autoportrait de lui chevauchant un squelette, prémonition de sa mort approchante.

 

Une main tendue à l’Afrique 

 

L’Afrique avait un rôle très important pour Jean-Michel Basquiat. Il avait conscience que son parcours, déjà plus qu’impressionnant en soit, était invraisemblable pour une personne noire.

Seul Michael Jackson avait réussi à obtenir une telle notoriété, et c’était sensiblement à la même période avec l’album Off the Wall (1979). Alors quand il eut le privilège de paraître en couverture du New-York Times ce n’était pas uniquement le symbole de sa propre réussite mais celui de toute une partie de la population qui, à travers lui, goutait à la reconnaissance et à la gloire.

 

 

C’est avec cette lucidité qu’il a créé son propre Panthéon, en dédiant de nombreuses oeuvres aux athlètes et artistes noirs célèbres – les réintroduisant dans l’histoire par la grande porte, aux vues de tous, têtes ornées d’une couronne.

Basquiat a 25 ans lorsqu’il décide d’aller en Afrique pour se ressourcer et découvrir ses racines. Impatient de montrer son art aux artistes locaux il sera déçu par l’ambiance post-coloniale des vernissages et des salons où il est invité.

Il prend finalement ses marques dans un petit village situé à deux heures d’Abidjan, voguant seul à la rencontre de nouvelles aventures comme en territoire conquis.

 

Jean-Michel Basquiat – L’héritage d’une légende 

Le 12 Août 1988 Jean-Michel Basquiat meurt d’une overdose à l’âge de 27 ans alors qu’il avait déjà acheté son billet pour retourner à Abidjan.

Après la mort d’Andy Warhol il avait confié qu’il trouvait glamour le fait de mourir avant d’avoir 30 ans. Mais ses dernières années furent tout de même rudes, il tentait d’arrêter la drogue et sombrait dans la dépression dès qu’il n’était pas dans un état de création frénétique.

Si masques et autres symboles mortuaires ont toujours été des éléments présents dans son oeuvre, il incarnait maintenant le sens profond de ses peintures : il était devenu cet homme seul face à l’éternité, déchiré entre la vanité humaine et la fragilité de la vie.

Les murs de son studio témoignent de cette souffrance avec “Eroica II” et ses inscriptions “MAN DIES”.

Peut-être n’en avait-il pas conscience mais au-delà de révolutionner son époque, Jean-Michel Basquiat influencera grandement l’avenir en ouvrant un tout nouveau monde aux futurs artistes et en les inspirant par son parcours exceptionnel. Ainsi, 25 ans après sa mort Jay Z s’auto-proclame être le nouveau Basquiat.

De nombreuses références au peintre sont présentes dans sa carrière, lui qui en 2013 aurait acheté l’une de ses oeuvres pour la modique somme de 4,5 millions de dollars.

Encore aujourd’hui, Jean-Michel Basquiat domine le marché de l’art. Il est l’un des seuls artistes dont toutes les périodes et techniques sont prisées à un rythme qui ne faiblit pas. Meilleur artiste dans les domaines de la peinture et du dessin entre Juillet 2009 et Juillet 2010, le montant de la vente de 18 toiles aux enchères s’est élevé à 27,6 millions d’euros.

En 2007 son oeuvre nommé “Warrior” se vendait pour $5 millions alors qu’elle avait été acquise deux ans plus tôt pour $1,6 millions, un record !

Partagez votre expérience personnelle et dites-nous comment le parcours de Basquiat a pu influencer votre créativité.

 

 

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1 Commentaire

  1. Bonnie
    31 mars 2016 / 23 h 49 min

    Magnifique!

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